jeudi 14 décembre 2017

Le Champs de Bataille des Autres

On appelait pas la Palestine ainsi avant la Première Guerre Mondiale. Les Romains avaient bien donné le nom de Palaestina Prima au sud du territoire, mais pendant la période des croisades, ces lieux sont redevenus la terre sainte.

Ce n'est qu'après la Première Guerre Mondiale, en 1920, que les forces alliées, menées par les Britanniques, ont appelé le territoire Palestine, le foyer national juif.

Mais à partir de 1948, les Israëliens voient dans le mot Palestine, un déni de l'État d'Israël naissant. Et s'en détacheront à 100%.

Depuis, la Palestine rêve d'être elle aussi un État et les Israëliens grugent jour après jour les territoires, se les réclamant leurs. Sans égards aux Palestiniens. Et avec le soutien des Étatsuniens.

Ces mêmes Étatsuniens qui tournent le fer dans la plaie en nommant Jerusalem, partagée depuis toujours, plus Israëlienne que Palestienne.

On s'est réuni avant-hier, entre musulmans sur ce crétin de Trump et sa stupide décision de nommer Jerusalem nouvelle capitale d'Israël.

57 État membres, presque tous présents, beaucoup de chefs d'États et de gouvernements, le président Iranien Hassan Rohani, probablement le plus militant sur la question palestinienne avec le Turc Recep Tayyip Erdogan, Le président afghan Ashrag Ghani, les #1 du Bangladesh, du Parkistant, de l'Indonésie, Yemen, Somalie, Malaisie, même un curieux martien, le président vénézuélien Nicola Maduro, probablement uni par la haine commune de Donald Trump se sont tous réunis pour parler  stratégie en vue de la troisième guerre mondiale. Des délégations plus petites, ne voulant s'incrire trop publiquement en faux par rapport aux États-Unis, l'Égypte et l'Arabie Saoudite pour ne pas les nommer, était aussi représentés, mais plus timidement.

À l'ordre du jour était la réponse à faire à Donald Trump et à Israël.

On a tout de suite dit que Jérusalem est notre ligne rouge, Donald J. Trump l'a franchie. Erdogan a très rapidement exigé que tous soient unis contre Trump. D'autres ont dit qu'un État Palestinien ne peut exister sans Jerusalem. On craint que le conflit politique ne se transforme en conflit religieux, ce qui est pratiquement aussi certain que la neige qui nous tombera dessus cet hiver.

Plus personne ne considère maintenant les États-Unis, toujours plus affaiblis, jour après jour depuis le 8 novembre 2016, comme "arbitre" du conflit Israëlo-Palestinien.

Les Palestiniens n'accepteront donc plus les processus suggérés par les États-Unis.

Au delà des dénonciations verbales, l'intifada souhaitée est encore inexistante. Les eaux sont calmes. Mêmes les manifestations publiques sont restées modérées.

Le monde arabe parle rarement d'une seule voix, et cette rencontre n'a pas fait exception. On en est pas sorti avec beaucoup d'autre chose que de l'outrageuse outrecuidance de Trump et l'arrogance dénoncée des sionistes Israéliens.

Malgré la diplomatie déstabilisatrice de Donald Trump, les États-Unis ont encore de gros liens d'affaires avec beaucoup de ces pays, et, outre japper contre les états d'esprits du président des États-Unis et de son manque de flair israëlo-palestinien, on ne veut pas beaucoup compromettre ces liens qui leur rapportent souvent gros.
La cause palestinienne n'est plus du tout à l'agenda de l'Egypte nie de l'Arabie Saoudite et très peu la situation la plus bruyante dans la géopolitique internationale.
Mais si l'Egypte et l'Arabie Saoudite longent les murs dans ces réunions, l'Iran et la Turquie sont aux hauts-parleurs, sur la tribune. Et montrent les crocs.

L'Iran, ne l'oublions pas, a des relations très tendeus avec l'Arabie Saoudite (et le Yemen). Les Palestiniens comprennent que les États-Unis les laissent complètement tomber. Ne les ont jamais considérés, les ont toujours trouvés dans les jambes de l'envahissement du développement d'Israël.

Nethanyahou et Erdogan se sont poliment envoyé chier, hier.

La cause palestienne est à nouveau le champs de bataille des autres.

mercredi 13 décembre 2017

Regarder Sans Voir

Un video crève coeur a fait le tour du web cette semaine. En fait, elle était crève coeur en premier lieu, mais le cri du coeur du petit Keaton Jones, du Tennessee, était tronqué.

 L'agression dont il a été victime était motivée par son utilisation du mot "nigger" largement utilisé dans sa famille de suprémaciste blanc. Maman tapisse le net du drapeau des confédérés du Sud, symbole raciste si il en est un. Keaton aurait surutilisé le terme "nigger" ce qui aurait horripilé certains garçons de son âge (6ème année). L'école a aussi stipulé, preuve à l'appui, que cet incident auquel fait référence le petit Keaton n'est pas aussi récent qu'on semble vouloir le faire croire et que des réprimandes avaient été alors faites contre ceux qui avaient versé du lait sur Keaton Jones, lui avait mis de jambon dans les vêtements, l'avaient traité de laid en raison de la difformité de son nez et prétendu qu'il n'avait pas d'amis.

Si il est raciste, no wonder you have no friends. Mais ne perdons pas de vue les flèches dans tout ça.

La méchanceté sur son nez reste cruelle (et le racisme est impardonnable à tout âge). Et si on fait fi de ce que l'on a par la suite appris, les mots qu'utilisent Keaton "It's hard...but it'll probably get better one day" se sont rendus à bien de coeurs. Dont le mien, longtemps. Je le trouvais sagement avisé. (peut-être finalement coaché...) Beaucoup de personnalités publiques se sont avancées afin de soutenir le garçon. Chris Evans l'a invité à la première du prochain film des Avengers. Un joueur de football (noir) des Titans du Tennessee l'a aussi invité sur les lignes de côté pour un match. Plusieurs personnalités, ironiquement beaucoup de noirs, dont Snoop Doggy Dogg, ont aussi été touchés et ont tendu la main.

Peut-être que ces vedettes n'honoreront plus complètement leurs promesses maintenant qu'il savent que maman est très raciste et que deux fois elle a fait des fondations sur le web pour de fausses causes, se sauvant avec la cagnotte récoltée.

Ils ont tous vu une victime d'intimidation. Il en avait tout l'air. Et il l'était. Ce jour-là. Est-ce qu'on a tous été manipulé? peut-être un peu. Mais on a tous eu des pensées pour les victimes d'intimidation quand même.

Et bien souvent, on ne fait que penser aux victimes d'intimidation. Sans réellement faire quelque chose pour vrai.

Notre propre gouvernement, Libéral, prétend lutter contre l'intimidation et le taxage. Puis, on gratte un peu le vernis et...Gaetan Barrette. Il a beau nier, personne sur terre ne doute qu'il est cet homme capable de telles menaces. Il y a des ordres de cour très disponibles à tous sur le net. Il a tout à fait le tempérament de l'intimidateur. Vous remarquerez que lorsqu'il parle calmement, il le fait de manière extrême et ça sonne toujours faux. Barrette est un homme d'extrêmes. Et quand il pète un plomb, je ne doute pas que les fils doivent se toucher.

Aux États-Unis, l'ironie est plus grande encore. Le plus grand intimidateur jamais vu au poste de président sévit tous les jours. Quand le video de Keaton Jones et sa mère est d'abord sorti, et qu'on y croyait complètement,  personne ne s'imaginait que Trump se porterait à la rescousse du pauvre garçon, puisque parmi les "bullys", Trump est champion en la matière.

Mais depuis qu'on sait que sa mère verse vers la blanche suprématie, peut-être que seulement maintenant, Donald commencera à rendre public son appui à la famille du petit...😂

Les commentaires sur "sa laideur" m'ont habité longtemps. L'adolescence, la pré-adolescence, l'enfance sont des périodes de vie qui devraient être dorées pour tous. Vous aurez toute la vie d'adulte pour pleurer ce que vous découvrirai.  Mais les découvertes d'enfants, de pré-ados, d'ado ne devraient jamais être aussi cruelles.

J'aurai voulu lui dire "you are beautiful, no matter what they say". Mais avec ce que l'on sait maintenant, je ne peux plus complètement dire cela.

C'est comme cet ours émacié qui a bouleversé bien des gens. La vérité se trouve peut-être ailleurs. 

Encore là, personne ne voulait voir ce qu'il voyait. Personne ne voyait peut-être la bonne chose.

Au moment d'écrire ceci, on ne sait pas encore qui du républicain Roy Moore ou du démocrate Doug Jones sera le nouveau sénateur de l'Alabama. Un État qui a voté républicain depuis 25 ans. Si les républicains perdent ce siège, ils n'auront maintenant qu'un seul siège de plus que les démocrates au Sénat Étatsunien.

On dit que c'est Jones.
Les résultats finaux étant si serrés, on voudra surement tout recompter. Et Trump dira qu'on a triché. Il est ce type de total perdant.

La vraie laideur, elle était là. Chez Roy Moore. Un misogyne raciste et homophobe, aux tendances pédophiles, dont le jugement est obscurci par la religion au point de lui avoir fait perdre son titre de juge 2 fois quand il a fait passer la religion avant la raison.

Certains auront voté pour le siège républicain.
Mais comment ne pas voir le misogyne raciste homophobe religieux?

Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois.
Il n'y a jamais eu autant de couronnes aux États-Unis.

mardi 12 décembre 2017

Les Sept Péchés CapiTrump

Pour une raison qui s'explique mal, la masse sait que les gens d'affaires, qu'ils travaillent à Wall Street ou qu'ils soient des requins d'un peu partout, sont manipulateurs, menteurs, avaricieux et surtout égoïste; pour une raison obscure disais-je, le public croit que ces mêmes gens ont un sens critique raisonnable et un talent suffisant pour devenir le plus influent membre au pays.

Si on met les généralisations de côté, parce qu'il est certain que bien des gens d'affaires sont de simples durs travailleurs honnêtes, on ne peut nier que de penser que les gens d'affaires soient systématiquement doués pour devenir chef d'un pays est une erreur.

Prenons un pays fictif, disons les États Suffisamment Très Intimidés. Les ESTI.
Et appelons un de ses importants hommes d'affaires, Adon Ral Krump. ARK.

Si Ark citait un jour les propos d'un personnage de film comme Gordon Gekko dans le Wall Street d'Oliver Stone qui disait "greed is good". On penserait que Ark ne se rappelle plus de la fin. Où Gordon pourrit en tôle. Parce que greed, dans la vraie vie, is not good. Greed c'est l'avarice. C'est Séraphin Poudrier qui soustrait sa gentille Donalda aux plaisirs de la vie en s'accrochant à chaque sous qui l'adore et en vivant de privation. Cachant jalousement sa fortune.

Ark ne réaliserait pas que l'avarice est cousine de la jalousie, puisque que vous ne pouvez vous compter "plus" riche si il n'y a pas "moins" riche. Donc en vous comparant. Et si vous tombez sur plus riche, vous le jalouserez. L'avarice sollicite aussi une part de malhonnêteté. Pour un bon coup d'argent qu'est-ce qu'un mensonge blanc? Des vides relations se crééront dans votre entourage si elles ne sont stimulées que par l'appât du gain.

Ark, ne réalisant toujours rien de tout ça, continuera de dire que l'avarice est bon. Si bien, que le jour où il voudra devenir chef d'ESTI, il refusera de divulguer les chiffres qui sont sur ses rapports d'impôts. Parce que la triche, ça ne se partage pas.

Supposons que le public d'ESTI fait de Ark son président. Cet homme a donc de belles qualités de leader. Ooooooh! mais on lui découvre un orgueil!  Tout un ego.

Alors qu'il est invité à un rassemblement de jeunes scouts, son ego prend soudainement le dessus. Incapable d'apathie, mais surtout incapable de digérer l'idée que sa rivale d'élection (UNE FEMME EN PLUS!) l'a copieusement battu au niveau du nombre de votes, il fera de l'occasion, supposée honorer les scouts, un événement sur sa propre personne. Il encouragera la foule à huer la rivale (absente des lieux et qui n'a rien à voir avec la situation) et à scander de l'envoyer en prison. On ne sait trop pourquoi. Peut-être pour faire oublier qu'on pourrait longuement enquêter sur Ark.
Son orgueil serait si difforme, qu'il ne mentirait pas une, pas deux mais bien 252 fois sur son compte Twitter à propos de la taille des foules lors de ses rassemblements publics où il prend voix.

Gouverner, c'est travailler pour les autres. Ark n'a pas cette qualité. Mais il doit en avoir d'autres. Il est président.

Oh! attendez! Qu'est-ce qui se pointe ici? l'envie? Avec une scolarité négligeable, existe-t-il plus fatigant que des gens qui savent faire leurs devoirs, leurs recherches et qui ont une intelligence agile que vous n'aurez jamais? Ark n'aimerait pas les journalistes. Par envie. La nature même d'un homme ou d'une femme en quête de vérité et de justice lui puerait au nez. Il ferait tout pour les chasser de son environnement. Comme un cochon voudrait chasser les mouches autour de lui. Mais les journalistes sont plus que des mouches. Ce sont des abeilles. Ils ne pourraient pas être mouches. Ce serait supposé que vous êtes fumier, si elles tournent autour de vous. Le buzz de leur présence rendrait Ark fou.

Et très souvent en colère. Et il trouvait un moyen salutaire de canaliser sa colère.
Son compte Twitter. Il intimiderait jour après jour quiconque ne suit pas le rythme qu'il ordonne. Son peuple d'abord. À coups de raisonnements douteux et d'amalgame de bas de gamme, il pourrait mitrailler des dizaines de tweets par jour, afin de faire passer sa rage de la vie. Il irait se recharger les batteries dans des rassemblements partisans, mais très tôt le lendemain matin. Tirerait dans toutes les directions. Comme si il voulait chasser un cauchemar. Des démons mentaux. Ou faire naître de nouveaux nuages. Question d'intimider. Et de faire trembler autour.

Heureusement qu'il y a les femmes pour qu'il relâche la tension perpétuelle dans laquelle il organise son jardin. Son vieil ami Howard lui ferait dire dans une revue pour hommes branleurs, que si sa fille n'était pas sa fille, Ark voudrait bien sortir avec...sa propre fille. Un exemple à la fois de vanité (elle lui ressemblerait beaucoup disons, mais en fille), et de jugement douteux. Ark dirait aussi qu'il aime bien saisir les femmes qui lui plaisent par le sexe. Même si ce n'est que la première fois qu'il la rencontre. Ou qu'embrasser sur la bouche, une femme qui vous plait, ne fait que répondre à une pulsion normale. Quuuuuuuuuuuuuuuuuoi? ça le relaxerait!  Luxure? Mais noooooooooon. 2 femmes sur 10 voteraient pour lui? peu importe, si elles ne sont pas capables d'endurer un peu de misogynie toute simple, de sexisme ordinaire, à quoi servent-elles?

Mais Ark aurait des qualités, sinon pourquoi serait-il élu président?

On inventerait bien des choses ici ou là dans les journaux pour le prouver. Il ne peut pas avoir tout faux tout le temps. Et question de faire dévier les eaux contraires, Ark lancerait toute sortes de choses ne faisant pas de sens, très souvent par ignorance, par ouïe-dire, trop paresseux pour tenter de valider les infos ailleurs. On raconterait tant de choses par paresse intellectuelle que plusieurs des propos viendraient se retourner contre Ark.
De moins en moins enclin à faire face à ses responsabilités, 22% de son temps serait consacré au golf. Un sport de corporate shit. Un faux sport. Un refuge crasse. Son ignorance serait importante car elle nourrirait l'ignorance des gens d'ESTI. Et il compterait beaucoup sur la leur pour faire passer ses histoires, bien souvent inventées.

Chez les gens hallucinés, rien de mieux qu'un peu de pyschédélisme avec le vrai.

Et pour terminer ses dures et longues journées, on irait se sustanter dans le plus grand des buffets. Même le ventre plein. On prendrait un accord réglé il y a longtemps entre trois pays, on se plaindrait d'un déficit réel avec un de ses pays, mais relativement mineur, et on inventerait complètement un déficit avec l'autre, alors que les chiffres réels disent le contraire. Mais dans des assiettes trop pleines, on ne remarque pas toujours les épices. On voudra tout manger. Les yeux fermés. Quand on se pense affamé, on se commande toute les crèmes glacées. Et on laisse fondre celles qui ne veulent plus entrer dans le gosier.

Quelqu'un de sage a déjà dit que mourir c'était arrêter d'avoir faim.
C'est vrai.
Je rajouterais que manger le ventre plein, c'est faire mourir les autres.

Peut-être que là, seulement là, les gens comprendraient que de mettre un tel homme (d'affaires) au sommet de la chefferie d'un pays serait une grave erreur.

Mais heureusement, j'invente tout ça.

lundi 11 décembre 2017

Traquer

La ligne est devenue extraordinairement fine entre la persévérance et le harcèlement.

Dans ma conception de l'être humain de votre planète, le harcèlement a toujours été un crime. Comme le cancer, une maladie. Parfois bénin, parfois malin.

Mon propre historique de harcèlement se limite à 1985. Où étais-ce 1984? Peu importe. Je fréquente l'école secondaire et pour la deuxième année de sa vie seulement, l'institut scolaire accueille des filles dans ses classes. Le réflexe parental  d'y inscrire sa fille de 12-13-14 ans est donc assez nul encore. Sur 5 classes, chacune ne contient que 4 filles. Une seule en compte 5. On l'appelle la classe chanceuse parce que trois de ses 5 filles sont particulièrement jolies. Nous sommes dans un bain de testostérone, la puberté nous habite de partout, mêmes les filles les plus ordinaires, on finit par leur trouver quelque chose.

Dans la classe de 5 filles, il y a Elsa. Unanimement, elle est élue par tous comme la plus jolie des filles. Sans rivales. Dans cette école, à l'ère pré-Facebook, on a un album tous les ans. Un répertoire avec photos, identifiant tous les élèves de tous les grades, mais qui indique aussi les adresses et # de téléphone de tous et chacun. C'était mal songé. On attendait impatiemment cet album et lorsqu'il arrivait, un mois plus tard, en automne, on le scrutait, les filles mettant un coeur aux côtés des gars qu'elles trouvaient intéressant (elles avaient de nombreux choix), les gars, tentant de mettre un nom sur un visage et surtout, ayant maintenant les armes pour tenter une approche: des coordonnées pou rejoindre la fille intéressante.

Je n'avais pas osé le téléphone. Je remarquais que la belle Elsa habitait tout près de chez moi. Sur la rue St-Amable. En ligne droite avec le Grand Théâtre, à Québec. J'avais tout simplement pris mon vélo, un samedi après-midi et m'était rendu sur place. Pas à sa porte (C'était un édifice à logement). Sous sa fenêtre. Pas pour jouer au Roméo. Plutôt pour tenter de provoquer un moment "spontané".

Pathétique.

Mais ça avait marché. Après avoir fait quatre ou cinq fois la même rue en vélo, en espérant que sa tête sorte par la fenêtre (elle habitait le dernier étage du bloc), elle était apparue dans l'embrasure, un grand cadre pouvant accueillir tout son corps de 5 pieds. Elle s'y étais assise. Sa couette blonde lui tombant sur le coin d'un oeil. Belle comme c'est interdit dans le rayon de soleil de fin d'après-midi. Je l'avais tout à fait vue. Elle aussi, me voyait tout d'un coup. Et sans hésiter, elle me disait, sur mon vélo de Jacques Tati, "Hey". Je feignais la surprise pour lui dire "salut". Sans m'arrêter au pied de sa fenêtre. Sabotant ma propre mise-en-scène bidon. Roulant dans le vide pour toujours.

C'est tout ce qu'on échangera jamais entre Elsa et moi. Un "Hey" suivi d'un "salut", sans aucun suivi à l'école. Je quitterais cette école un an plus tard de toute manière. C'est mon histoire de harcèlement.

Bénin.

On appellerait cela de nos jours "stalker". Pourchasser. Harceler. Mes ados utilisent souvent la version anglo "stalker" (staw-ké). Traquer. Ils en parlent avec légèreté entre ami(e)s. Dans leur bouche c'est aussi bénin.

Et pourtant...

Quand l'internet est né, quand Facebook est né, se sont ouvert des paradis pour les harceleurs. Rien de plus facile que googler en images quelqu'un. Je le fais occasionnellement pour des gens que j'entends à la radio. Isabelle Ménard? il me semble que je connais ça: google image, ah oui! c'est bien elle que j'avais en tête. Françis Ducharme? pas mal comme comédien à la radio, c'est qui donc? je le connais?: Google image, ah ben non, je ne savais pas c'était qui. Maintenant je lui connais la bouille.

On s'étonne du nombre de harceleurs coincés de nos jours, mais ils n'avaient pas besoin d'attendre un bottin scolaire pour y faire du repérage. On avait bâti la route, offert les outils.

Mais le harcèlement peut aussi être psychologique.

Chaque matin, , au moins 5 fois par semaine, à la radio, dans une atmosphère bon enfant, Vincent Gratton rigole autour de son tweet quotidien qui est toujours le même, envoyé à Justin Trudeau qui dit ceci:
"Monsieur Trudeau, vous engagez vous à mettre en place des règles pour stopper la fuite des capitaux canadiens vers les paradis fiscaux?".

La cause est noble, légitime, vraie, il est nécessaire de stopper les paradis fiscaux, mais c'est aussi demander aux renards de ne plus être renards. Ça ne se fera pas de sitôt. Et le moyen qu'utilise Vincent est celui du harceleur.

Bénin, mais harceleur tout de même.

Et comme pour nous rappeler le moteur mental de Gratton, dans le jingle qui l'annonce en ondes on l'entend dire "Pour moi c'est une OB-SES-SION!"

Chaque fois je ne peux complètement rire.

J'y vois ombre. Inconfort.

Il y a un drôle de corridor en tout cas.

Et presqu'aussi malsain qu'un paradis fiscal.



dimanche 10 décembre 2017

Rainer Werner Fassbinder

Cette année marque le 35ème anniversaire de la mort précipitée de l'Allemand Rainer Werner Fassbinder. Il aurait eu 71 ans, le 31 mai dernier. Il n'avait donc que 37 ans.

Prétendre que Fassbinder était un hyperactif, un boulimique, est un euphémisme. En seulement 13 ans, il a tourné 40 films, séries télé, a écrit de nombreuses pièces de théâtre et adapté un paquet d'autres.

On peut légitimement se demander ce que RWF aurait fait d'un autre 35 ans de vie.

Ou peut-être est-ce évident. Fassbinder était un homme de son époque (les années 60-70). Il était complètement habité par la défunte RFA et la filmait sous tous ses angles. Il a toujours accusé son Allemagne de ne jamais avoir exorcisé ses démons Nazis. Les éléments nazies de la société allemande lui apparaissaient de partout en politique et en affaire.
Mais la survie de Fassbinder dépendait exclusivement de ce gouvernement des années 70. Les programmes de subventions gouvernementaux étaient généreux pour lui. Il avait réussi à se négocier de multiples salaires pour chaque chapeau qu'il portait: réalisateur, scénariste, producteur, comédien, directeur photo, compositeur musical, sélectionneur de musique. Il était très critique de l'Allemagne de l'Ouest, ce qui a rendu son cinéma impossible à aimer populairement, parce que trop hostile, mais intensément sexuel aussi, tout sexe confondu, ce qui l'a rendu populaire de manière underground. Commercialement, ses films ne rapportaient rien, ou presque.

Quand Helmut Khol est arrivé au pouvoir , il a aussitôt fait disparaître cette aide aux artisans du cinéma. Rainer n'aurait pas eu le choix que de verser, ne serais-ce qu'un peu, dans le cinéma commercial. Et payant.

Je me demande comment ses oeuvres passées aurait parues dans une somme plus substantielle. Je crois déjà préférer la carrière qu'il a eu que celle qu'il aurait pu avoir.

Il était un enfant sauvage, abandonné dans les salles de cinéma enfant par une mère monoparentale qui devait travailler. RWF pouvait voir jusqu'à 4 à 5 films par jour. Plus tard, il tournerait 4 à 5 films, par année. Jeune délinquant juvénile, il se découvre homosexuel adolescent. À 15 ans, il laisse tomber l'école. Il veut trop faire autre chose. C'est en retrouvant son père, un docteur cultivé, qu'il s'initie au théâtre, la littérature et à la poésie. Il prendra des cours de théâtre entre 1964 et 1966. Il y fera la rencontre d'Hanna Schygulla, qui le suivra/le survivra toute sa vie.

Pour entrer à la Berlin Film School, il signe un film en 8 mm que François Ozon adapte en 1999.  Excessif, il en soumet trois au lieu d'un seul. Il sera refusé. Il fera quand même plusieurs court-métrages, financé par un amoureux, aspirant acteur en retour de rôle dans ses films. Il sera très actif comme comédien de théâtre vers la fin des années 60.

Contrairement aux autres cinéaste du nouveau cinéma allemand, Schlöndorff, Herzog ou Wenders, le cinéma de Fassbinder aura toujours une lourde (pour plusieurs) empreinte théâtrale. Mais comme il comptait toujours sur des budgets faméliques, l'idée de peu de décor le servait bien.

Débauché du milieu de la Baader-Meinhof et du nouveau demi-monde politique gay, vivant une vie carnavalesque d'excès de toute sorte, son entourage devait s'attendre à beaucoup d'intensité mal calibrée autour de lui. Plus près du cruel monstre que de l'humain, il a mené deux amants au suicide. Un brin narcissique, il était son propre chef d'oeuvre et son propre portrait de Dorian Gray.

Mais dans son déluge de films, plusieurs valent le coup d'oeil. Le Marchand de 4 Saisons, Les Larmes Amères de Petra Von Kant, Fox & Ses Amis, Tous Les Autres s'appellent Ali, Les Dieux de la Peste, Pourquoi Mr R. est-il Atteint de Folie Meurtrière?, Prenez Garde à la Sainte Putain, Le Mariage de Maria Braun, Lili Marleen, Veronika Voss.

Je me promets un jour de peut-être visiter ses 15 heures de série télé Berlin Alexanderplatz.
(pas d'un seul coup, pardi!)

Il a même tâté (pour la télé, toujours) de la science-fiction en 1973.

On a lancé sa série sur la classe ouvrière de 8 heures, Eight Hours Are Not a Day, le 28 août dernier en vidéo. Qu'on dit Fassbinder "à son plus écoutable".

Inimitable, parfois intolérable, très certainement phénoménal, Rainer Werner Fassbinder, homme malade sans le savoir, meurt de l'absorption d'un cocktail cocaïne/barbiturique en 1982.
Excessif jusqu'à extinction.

Laissant, étonnamment, beaucoup , beaucoup, beaucoup, beaucoup découvrir.

Comme ce film que j'ai écouté mercredi dernier.
Et cette série de sci-fi que je cherche ici et là.

samedi 9 décembre 2017

Jerusalem

"Celui Qui Contrôle le Passé, Contrôle le Futur"
-G.O.  

Les coalitions du Likoud de Benyamin Nethanyaou ont contrôlé la présente nation israélienne depuis si longtemps qu'il est presque futile de tenter de retrouver un passé juif qui ne soit pas artificiel.

Donald Trump a jeté un nouveau pavé dans la mare. Chaque jour son point de discorde.

Il a déclaré Jerusalem, nouvelle capitale d'Israël et dans 6 mois fera déménager l'ambassade des États-Unis de Tel-Aviv à  Jee-roo-za-lemme.

Là où il y a le feu, Trump a toujours sa canne d'huile, toute prête.

Depuis, les jours sont devenus des jours de rage en Palestine. On prépare la Troisième Guerre Mondiale. Chaque jour son drapeau des États-Unis brûlé. En établissant Jerusalem comme la capitale d'Israël, on revient 70 ans derrière, on fait fi de du consensus international voulant que la ville soit partagée et on met un terme à un projet de paix entre Palestinien et Israëlien.

Les Nations Unies, en 1947, avait envisagé Jerusalem comme une ville internationale séparée. Mais la guerre qui a suivi  la déclaration d'indépendance l'année suivante a complètement divisé la ville. La ligne d'armistice de 1949, appelée la ligne verte car elle avait d'abord été tracée et présentée de la sorte, a vu Israël prendre le contrôle de la moitié ouest, tandis que la Jordanie a gardé le contrôle de la partie Est. Qui inclut Jerusalem.

Mais suite à la Guerre de 6 Jours, Israël a mis le pied à Jerusalem. Et l'occupe depuis. La contrôle. Fin mai, début juin, on fête "Jerusalem day". Bien que la communauté internationale palestinienne voit Jerusalem Est comme étant la capitale d'un futur État palestinien.

Avant 1980, plusieurs pays y avaient des ambassades, comme les Pays-Bas et le Costa Rica. Mais en juillet 1980, Israël a déclaré Jerusalem comme sa capitale, ce qui a été une annexation non reconnue et aussitôt condamnée par les Nations Unies. Jugé comme une claire violation des lois territoriales internationales.

Peu à peu, les ambassades ont quitté le territoire, devenu un brûlot où les bombes sautent au gré du vent. En 2006, Le Costa Rica et le Salvador sont devenues les deux dernières ambassades à quitter Jerusalem afin de s'établir à Tel Aviv. Ils sont actuellement 86 ambassades étrangères à Tel Aviv et aucune ne se trouve à Jerusalem.
Quelques pays y maintienne un consulat, dont les États-Unis, mais ils se trouvent dans la partie Ouest de Jerusalem. Seuls la France et la Grande-Bretagne y ont un siège dans la partie Est.

L'ambassade des États-Unis n'a jamais été ailleurs qu'à Tel Aviv. La résidence se trouvant à Herzliya Pituach, à 30 minutes, au Nord de Tel Aviv.

Mais dès 1989, Israël a commencé à louer une partie de terrain à Jerusalem dans le but d'y placer une nouvelle ambassade. Il s'agit d'un bail de 99 ans, leur coûtant 1$ par année, et depuis 1989, cet endroit est un espace vide et on y devine le squelette de quelque chose. D'un monstre, je crois.

En 1995, le congrès des États-Unis  a passé une loi voulant que l'ambassade passe de Tel Aviv à Jerusalem. Après tout, Israël avait perdu 6$ de location de terrain pour rien. Fallait arrêter ça.

Bill Clinton, George Wach! Bush et Barack Obama ont tous décliné l'idée de déménager l'ambassade. Au nom de la sécurité nationale. Chaque mois, quand le lobby pro-israélien revenait avec le projet, les présidents utilisaient leur droit discrétionnaire afin de passer par dessus.

Quand on eu vent que Trump serait plus irresponsable, le président Mahmoud Abbas s'est tourné vers Vladimir Poutine et le roi jordanien Abdullah afin qu'ils mettent de la pression sur l'imbécile d'Amérique et change d'idée. Le PLO (Palestine Liberation Organization) a rallumé le rond de poële. La marmite fait bouillir la résistance.

6 mois de haine ont repris vie.

Merci, Dummy.

Mike Pence, vice-président des États-Unis, devrait s'y rendre prochainement. J'espère qu'il a une bonne assurance vie.

C'est exaspérant de penser que l'extraordinaire puissance militaire qu'Israël a amassée ne lui donne pas le courage de surmonter ses propres peurs et son désespoir existentiel en faisant un pas déterminant menant à la paix.

Mondiale.