samedi 20 décembre 2014

Viser Kim, Tuer Guy

Ce qu'ils peuvent être bêtes ces ricains.

Je peux comprendre qu'ils n'aient pas voulu tenir les responsables de salles de cinéma responsables, justement, de potentiels centaines de morts. Mais Evan Goldberg et Dan Sterling, respectivement réalisateur et scénariste du film The Interview, racontant l'histoire d'un journaliste (James Franco) et de son producteur (Seth Rogen), idoles de Kim Jong-Un, invités en Corée du Nord par lui, mais recrutés par la CIA afin qu'ils assassinent le bouffi leader, auraient pu être plus subtil aussi avant même la première pellicule tournée.

Je vous donne Bananas de Woody Allen en 1971.

Bananas raconte l'histoire d'un maladroit névrosé (Woody) qui, afin d'impressionner une militante activiste, s'improvise intéressé par la situation dans le pays fictif de San Marcos, une "république de banane" et devient, presque malgré lui révolutionnaire, puis, tout à fait malgré lui, chef des révolutionnaires contre le nouveau dictateur de San Marcos. Woody prend la fausse barbe et les traits très évidents de Fidel Castro. L'histoire crie CUBA du début à la fin, mais on ne parle jamais de Fidel ni n'évoque la révolution cubaine. Nous sommes dans la république de bananes fictive de San Marcos.

Qu'est-ce qui empêchait Goldberg et Sterling de prendre un asiatique un peu potelé dans un pays inventé? Si la Corée s'en était offusquée, on aurait alors pu lui dire, "si le chapeau lui fait, tant pis pour lui, mais nous ne parlions pas de lui."

Qu'ils nous croient ou non, en bon québécois, on s'en serait tabarnaké.

Et The Interview, film bien inoffensif devenu incident diplomatique majeur, aurait été diffusé partout. Avec la petite fille nord-coréènne qui chante au tout début une douce mélodie où elle souhaite faire exploser l'Amérique. Avec James Franco qui n'arrive pas à assassiner le leader asiatique quand il s'aperçoit que ce n'est qu'un fils à papa, plutôt bêta, et qu'il se prend d'affection pour lui. Avec la mort de ce leader tout de même dans une explosion d'hélicoptère, plus comique que dramatique.

Mais ce qui est encore plus bête et ignoble, c'est que tout projet qui touchait à la Corée du Nord a aussi, à l'instar du film The Interview, retiré partout, été freiné dans ces élans.

On est même retourné dans le temps et on a retiré un peu partout le film de Trey Parker, Matt Stone et Pam Brady de 2004, qui était on ne peut plus clair sur l'ennemi à abattre (en figurine).  Le père de Puff Sunny aujourd'hui en poste. Ça n'avait pas fait autant de vagues il y a 10 ans puisque le Jong-Ill père était déjà mentalement dans une autre dimension.

Parmi les projets trucidés, une adaptation en film des aventures d'un de mes bédéistes préférés, un gars bien de chez nous : Guy Delisle, dont la BD sur son passage à Pyongyang allait devenir un film de Gore Verbisnki mettant en vedette Steve Carell. Oui, le Mike Scott de The Office, le 40 year-old virgin, le mon oncle gai dans Little Miss Sunshine et le futur nommé aux Oscars pour son rôle dans Foxcatcher où il y est tout à fait méconnaissable.

Ben voilà. Hollywood a eu la chair de poule. Le film qui devait être tourné en mars en Serbie a été annulé.

Vous savez la BD ce n'est pas ce qu'il y a de plus payant. Dans les chiffres, ça se range loin derrière le salaire de la ballerine chez les Grands Ballets Canadiens. Et madame Guy Delisle est médecine sans frontière. Ça c'est presque du bénévolat, On vous donnes des avantages et des dispositions, on vous ÉVITE quelques dépenses, mais est-ce qu'on vous rend riche? pas du tout. Vous ne prenez pas, comme chez nous, une année sabbatique afin de passer 129 jours en mer et faire la traversée en solitaire de l'Atlantique.

Je ne dis pas que le couple est pauvre. Mais je ne dis pas non plus que ce projet ne les aurait pas rendus riches. Pas seulement sur le plan financier, mais surtout sur le plan de la reconnaissance artistique. Et pas seulement dans le monde francophone mais partout dans le monde.

Non.

Ce sera l'abandon.

La censure.

Comme la Corée du Nord généralement l'impose.
Mais en Amérique.
Kim rules.

Absurdité totale.

D'autant plus que la BD de Delisle ne parle en aucun cas de faire disparaître Kim Jong-Un, mais y va plutôt d'observations amusantes sur leurs moeurs par rapport aux nôtres.

C'est un regard occidental sur un monde oriental.
Le chaud passé par le froid.
Et alors?

Nous sommes tous différents, mais tous semblables.

De quoi a honte la Corée du Nord?
Elle ne contrôle par notre regard sur eux.
De quoi a honte l'Amérique?
De son regard sur la Corée du Nord?

Elle n'a pas le contrôle sur le regard qu'on porte sur eux, et pourtant
on s'est comporté exactement comme tel.

On est docile comme ces imbéciles qui courent à la mer vers leur puffy leader.

L'Amérique s'est couchée dégriffée, j'espère qu'elle se lève aujourd'hui gênée de cette entrevue ratée.

Aucun commentaire: