mardi 19 septembre 2017

Trois Films en Coït Interrompus (et un faux)

Coït 1:

Henri-George Clouzot a connu l'occupation. Il a même tourné un film, Le Corbeau, en pleine occupation Allemande. Entre 1942 et 1943. Le Corbeau.  Bien que le film s'inspire d'un réel fait divers des années 20, Il s'agit d'une claire métaphore de la délation entre collabos et résistants pendant l'occupation. De plus, le film sera distribué par un distributeur allemand, ce qui fait croire aux gens que Clouzot est lui-même un collabo. Ce qui est tout à fait faux. Le scandale fait du film un énorme succès au box office. Un classique même tellement la qualité est bonne à tous les niveaux.

À la libération de la France, en 1945, Clouzot est quand même frappé d'une interdiction de travail à vie.

Mais grâce à l'activisme de supporteurs comme Jacques Becker, Pierre Bost mais surtout Henri Jeanson. Clouzot revient à la réalisation pour livrer le superbe film Quai des Orfèvres. Qui font oublier à tous, les soupçons pernicieux qu'on lui attribuait.

Clouzot tourne deux autres films, livrés, tous deux, en 1949, puis, en 1952, un autre énorme succès: Le Salaire de la Peur, avec Yves Montand et Charles Vanel. Il est alors surnommé le "Hitchcock français".  Grand compliment.

Sombre et pessimiste, Clouzot est aussi victime de dépressions. En 1947, il est condamné pour homicide involontaire après avoir tué un homme de 71 ans, en conduisant trop vite en voiture.
Ses sujets de films ne reflètent pas la joie non plus. Les Diaboliques raconte l'histoire de deux femmes, découvrant qu'elles partagent le même homme, faisant un pacte pour le liquider. C'est même son épouse Véra, qui incarne l'une des deux diaboliques...
Il tourne un excellent documentaire sur Picasso en 1956, un dernier film avec Vera, puis l'histoire d'une femme (Brigitte Bardot) accusée du meurtre de son amant en 1960. Une histoire co-scénarisée avec Véra.

Cette année-là, Véra, le 15 décembre, décède d'une crise cardiaque à l'âge de 46 ans. Clouzot sombre dans une profonde dépression.

L'Enfer d'Henri-George Clouzot devait être son film suivant. Avec Serge Reggiani et Romy Schneider. Inspiré très tôt de l'expressionnisme, il compte révolutionner le cinéma avec ce film. Il écrit, isolé à Tahiti, l'histoire paranoïaque d'un homme se convaincant que sa femme le trompe avec des hommes comme avec des femmes. Oscillant perpétuellement entre le fantasme (en couleur) et le réel (en noir et blanc). Le film offre de splendides images expérimentales et est extraordinairement en avance sur son époque (1962-1964). Quand la Columbia voit les premières images, ils sont soufflés, ils lui accordent un budget illimité.

La corde du pendu. Clouzot est un perfectionniste légèrement obsessif. Ce tournage précipitera sa chute.

Il tourne des centaines de bobines en couleurs comme en noir et blanc. C'est en découvrant la forme du 8 1/2 de Federico Fellini que l'envie de Clouzot de briser des frontières artistiques lui prend. (Ironiquement, Fellini est mon prochain coït interrompu).
Mais l'enfer de Clouzot est réel. Pas complètement sorti de sa dépression, il fait souffrir ses acteurs en testant leurs limites physiques, morales et mentales et tente de trouver un équivalent plastique dans la musique électronique. Il deviendra prisonnier d'un perfectionnisme qui rend tout le monde à cran. Reggiani quitte le tournage pour l'hôpital. Jean-Louis Trintignant le remplace à la dernière minute mais cette fois, c'est Clouzot qui se tape un infarctus en cours de tournage.

Le film ne sera jamais terminé, monté, ni distribué.

Claude Chabrol, un autre Hitchcock aficionados, adapte le scénario en 1994 avec François Cluzet et Emmanuelle Béart dans les rôles principaux.

On retrouve les bandes originales du film de Clouzot au début des années 2000. Serge Bromberg et Ruxanda Medrea en font un documentaire formidable en 2009.

Mais qu'est-ce qu'on (amateurs de cinoche) aurait aimé avoir vu le produit fini...

Coït 2:

Federico Fellini : a Director's Notebook. C'est Federico qui signera le documentaire sur son propre projet avorté. Après 8 1/2,  donc autour de 1964, il se lance dans le projet de tourner "Le Voyage de G.Mastoria", un projet qui devient vite un projet maudit. Fellini est un homme extrêmement superstitieux et complètement soumis aux voyants et autres types de charlatans du même genre. Le voyant qu'il consulte lui dit que si il complète ce film, Fellini n'en sortira pas vivant. Et ceci lui est dit APRÈS que Dino Di Laurentis, le producteur, ait consenti à débloquer des millions afin de faire construire des décors à la hauteur de son imaginaire. Des décors maintenant construits et qui ne serviront jamais.

Ça suffit pour FF. Il met le projet aux chiottes.

L'histoire racontait l'épopée du seul survivant d'un écrasement d'avion, un musicien, dans un décor entre monde réel et lendemain d'apocalypse. Fellini cesse son tournage, plonge dans le spiritisme pour son film suivant, et réutilisera certaines scènes tournées dans Satyricon, quelques années plus tard.

Coït 3:

My Best Friend's Birthday de Quentin Tarantino.

En 1984, Craig Hamann est un acteur en devenir. Il écrit un script d'une trentaine de pages. Tarantino, alors commis de club vidéo, s'attache au projet comme réalisateur, co-scénariste, (le film sous sa main, passe à 80 pages) et acteur dans le film. Hamann et Tarantino tournent le film sur une période de 4 ans en 16 mm. Pour 5000$. Des amis du club vidéos, des collègues de travail de Tarantino, donc Roger Avary (qui co-scénarisera Pulp Fiction et qui aura sa propre carrière de réalisateur), ainsi qu'Allen Garfield, qui donnait des cours de jeu d'acteur à Tarantino (et Hamann, bien entendu) joueront tous dans le film.

Un incendie dans le laboratoire de films qui traite la pellicule de Tarantino fait disparaître la fin du film et seulement 36 minutes en survivent.

Beaucoup d'éléments de ce film se retrouveront ailleurs. Tous les acteurs seront récupérés plus tard, soit dans Reservoir Dogs, Pulp Fiction et Kill Bill. Le nom d'Aldo Raine aussi. Et le fétichisme des pieds de Quentin est ici confessé pour vrai. Découverte dans tous ses films suivants.

(faux)Coït 4:

Lost in La Mancha de Keith Fulton et Louis Pepe.

Toute son histoire cauchemardesque se trouve ici.

Gilliam a toujours dit qu'un projet de film, si il n'a pas d'obstacles insurmontables à surmonter, ne l'intéresse pas. Il ne pouvait viser plus juste pour ce projet.

Le tournage, avec maintenant Jonathan Pryce, en Don Quichotte, et Adam Driver, en Toby (deux acteurs que j'adore!) s'est terminé le 4 juin dernier.

Ce coît n'en est pas un.

Un enfant approche au cinoche.

Du cinoche qui ne sera pas moche.

lundi 18 septembre 2017

Analyse Sommaire d'un Immature au Pouvoir

Donald Trump est impulsif comme un enfant. Il en reste fascinant.

Dans l'espace de quelques minutes, vendredi matin, il était sur un "high", son cerveau partant dans toute les directions. Tweeter, servant de générateur de désordre pour celui qui occupe l'une des positions les plus importantes au monde.

Trump est passé, en l'espace de quelques minutes, de Scotland Yard, au terroristes losers, à la chaîne de télé sportive ESPN, à Barack Obama, "aux Internets", à la rectitude politique pour finir avec les familles des États-Unis qui amènent des membres de leur famille au pays. Ça parait incohérent comme ça, mais en s'y penchant, on pouvait y lire une rivière de délire de la même eau.

Une longue et distinctive plainte enfantine.

Ce qui a semblé inspiré l'oiseau Trump est d'abord l'explosion de la station de métro Parsons Green de Londres. Il au aussitôt tweeté , à 6h42 du matin, "une autre attaque à Londres par des terroristes losers. Voilà des gens malades et déments, que Scotland Yard avait dans leur mire. Il faut être proactif!"

(...)

Sa première réaction à une situation dangereuse et tragique en cours est de pointer du doigt les braves gens qui traquent les ennemis du monde pour ne pas avoir été sur le dossier, ou suffisamment agressif  sur leur traque. Trump a fait la même chose face aux Sud Coréens les traitant de "calmeur de jeu" dans la juvénile chicane entre les États-Unis et la Corée du Nord. Comme si c'était un défaut d'être l'adulte entre deux enfants turbulents. L'Angleterre (Scotland Yard) et la Corée du Sud sont deux alliés des Amériques. Les deux pays avaient des raisons d'avoir d'attendre un mot de sympathie de la part du président des États-Unis. Au minimum, un mot respectueux.

Et où Trump prend ses menteries informations? Scotland Yard (encore à ce jour) n'a rien dit sur le/les gens qui auraient été à l'origine de l'explosion. Encore moins sur le fait qu'ils avaient des gens dans leur mire. Trump a peut-être entendu des rapports préliminaires de la part de ses services d'intelligence et a pris l'initiative personnelle de lancer une remontrance illico. Mais ça ressemble beaucoup plus à une assomption injustifiée. Aucune des options n'est brillante. Les autorité britanniques ont vite été professionnelles en disant "Que toute spéculation n'aiderait personne". La Première Ministre Theresa May a aussi fait écho aux autorités britanniques en disant plus tard à la BBC que ça n'aide vraiment pas les grands personne de spéculer publiquement sur une enquête en cours.

Les commentaires de May sont survenus plusieurs heures après le tweet matinal de Trump. Mais 6 petites minutes après ce premier tir, Trump tirait à nouveau. Trump offrait une solution pour contrer ses "losers terrorists". Il tweetait: "Les internets sont leurs principal outil de recrutement, il faut leur couper et mieux l'utiliser!". Couper l'internet? Comment? et à qui? La constitution couperait assez vite une telle initiative. Mais Trump ne semblait pas avoir le temps de penser à ce type de détails. Une enfant qui fonce sur un cornet de crême glacée ne pense pas au chien couché par terre entre le cornet et lui. Et fonce.
Six minutes plus loin, il retweetait sur un autre sujet: "L'interdiction de séjour aux États-Unis devrait être plus large et plus sévère encore et plus spécifique. Mais stupidement, ce ne serait pas assez politically correct!"

(...)
Trump, et son asile entourage, ont créé un interdit de séjour contre 6 nationalités riches en  communauté musulmane. Il voulait un interdit complet contre TOUS les musulmans du monde, mais la constitution des États-Unis, ainsi que ses avocats. lui ont rappelé que c'était immoral, injuste et impossible à imaginer dans une tête saine. Ce que Trump dit dans ce tweet c'est qu'il aurait voulu interdire tous les musulmans du monde, comme Hitler voulait interdire tous les Juifs, et qu'il a dû écouter le congrès et ses avocats. Et que ça le fait chier.

Ce tweet est un autre tweet qui viendra lui mordre le mollet, puisque des avocats travaillent le dossier de l'invalidité de son interdit de séjour pour les six nations riches en communautés musulmanes.

Cette nouvelle frustration matinale de Trump a semblé en initié une autre. 6 minutes (666) après ce tweet en arrivait un autre: "Nous avons fait plus de progrès en 8 mois contre l'État Islamique que l'administration Obama en 8 ans. Nous devons être agressif et proactif!". Douteux, mais aussi révélateur de sa possible (et justifiée) crainte de ne jamais être perçu comme le leader qu'aura été Barack Obama. Évoquant Obama, un homme noir, Trump a ensuite dérivé ailleurs.

L'analyste sportive de la station télé ESPN, Jemele Hill, une femme noire, a lancé lundi sur Tweeter la chose suivante: "Donald Trump est le président le plus suprémaciste blanc de l'histoire des États-Unis et le plus ignorant". Dès le lendemain, l'administration de Trump exigeait son renvoi. Trump a tweeté (faussement) que les gens laissait tomber la station ESPN parce que sa programmation était moche et qu'ils avaient un agenda politique. Il était déçu de voir qu'une femme noire pouvait prendre le crachoir sans être punie, sur une station télé très mâle. ESPN n'a pas renvoyée Hill et a accepté ses excuses. ESPN a même rajouté qu'ils n'acceptaient pas la tribune (ESPN) d'où le message a été lancé mais qu'en substance ne condamnait pas le propos.

Trump a macéré tout ça quelques heures dans sa sauce mentale avant de tweeter autour de 9 heures: "LA MIGRATION EN CHAÎNE ne doit pas être acceptée dans les nouvelles lois à venir!". Le terme migration en chaîne est nouvellement attribuée à ces familles dont une ou deux personnes migrent en premier avant que ceux-ci n'y invitent plusieurs autres membres de leur famille par la suite. Si ça ressemble à l'histoire de milliers de famille de migrants (incluant celle de Trump), c'est parce que l'est. L'obssession actuelle à l'égard de la migration en chaîne trahit une réelle antipathie envers les Dreamers qu'on arrive mal à cacher.

Dans les heures qui ont suivi, comme trop souvent, son administration a réajusté le tir et a offert ses condoléances aux Anglais.

Mais le ressentiment des tweet d'un immature en position de pouvoir reste réelle.

Et toujours inquiétante.

dimanche 17 septembre 2017

Blonde & Idiote Bassesse Inoubliable*************Le Dôme de Jean Leloup

Chaque mois, vers le milieu, je vous entretiens d'un disque tiré de ma "vaste" collection.
De mon coeur.

La chronique tire son nom de 4 albums qui font partie de mon ADN et dont je connais toutes les notes, toutes les nuances, toutes les subtilités et qui me touchent encore de bien des manières malgré le temps qui violent nos univers.
Par ordre de création:
"Blonde on Blonde" de Bob Dylan
"The Idiot" d'Iggy Pop
"Low" de David Bowie
"The Unforgettable Fire" de U2.
B.I.B.I C'est aussi moi.
Tout en étant également la terminaison du mot "habibi" qui veut dire "je t'aime" en dialecte irakien.

Musique, je t'aime.

Il a existé plusieurs incarnations de Jean Leloup.

Il y avait eu Menteur, le premier album qui nous le faisait découvrir,  puis L'Amour est Sans Pitié qui nous le faisait aimer et déplacer pour voir en spectacle afin d'y danser comme des sauvages (Carré d'Youville, 199x). Il n'y avait eu que deux ans pour séparer les deux premiers albums. Le Dôme prendrait 5 ans à naître, aurait 14 ingénieurs de son, 4 mixeurs dans pas moins de 7 studios. Jean reprendrait le rhytme d'un album aux deux ans avec Le très bien Les Fourmis en 1998, puis 4 ans plus tard, La Vallée des Réputations devait sonner le glas de sa carrière et était un excellent véhicule de sortie. Un DVD, 2 ans plus tard, où il brûlait sa guitare envoyée solennellement sur un bout de bois sur une rivière, à la fin du jour, à la dérive devait marquer sa retraite.

Mais il sort de sa retraite deux ans plus tard, en 2006, et reprend du service sous son vrai nom de Jean Leclerc. En société, il fait montre de beaucoup de désordre, que ce soit sur scène ou ailleurs. Il s'aliène beaucoup de son public. Leloup a toujours été instable. Agité mentalement. Parfois ça sort n'importe comment de sa bouche, parfois ça sonne formidable. Leloup est éparpillant de ses sens.

Il reste à son meilleur, une guitare en bandoulière.

En 2009, il lance un album où le mot "excuses" se trouve dans le tître. comme si il voulait faire passer l'idée qu'il faille excuser sa manière d'être. L'album a un écho plus mince que les autres sorties, et 6 ans passeront avant que ne soit lancé en 2015, À Paradis City qui gagnera tout aux Felix suivants. Ce qui était davantage un témoignage d'amour du personnage et de son talent passé qu'un hommage à son dernier disque.

Mais Leloup, si il n'y a qu'un seul Leloup qui ne fasse justice à Leloup selon moi, c'est Le Dôme. Remis à ma personne des mains de Leloup lui-même à l'époque. J'en ai encore la photo*. Travaillant dans le monde de la musique j'avais des accès privilégiés. Il avait essayé de séduire les deux filles qui m'accompagnait, alors. Ne nous accordant presqu'aucune importance à nous, les deux autres gars. Comme si il savait que nous savions qu'il jouait à tout ça d'abord et avant tout pour rencontrer des filles de son goût et qu'il trouvait tout ça impudique.

En 1991, j'avais aussi croisé Leloup, fraichement bleaché, avant un spectacle, dans un souterrain de Sherbrooke. Nous ne l'avions pas reconnu tout de suite puisque personne ne l'avait encore vu bleaché. Aucun mot ne s'était échangé puisque nous rencontrions Leloup (et quelques membres de son band) avant le show que nous nous rendions voir, probablement, là où nous ne devions pas être. Moment intense, inconfortable, amusant, silencieux, étrange, mystique.

Moment Leloup.

Je n'oublierai jamais le regard qu'il m'avait lancé. Cette fois, c'est moi qui me trouvait impudique.

LE DÔME de JEAN LELOUP.

Leloup, sur 5 ans, compose une tonne de chansons. Il vit aussi de grands changements psychologiques personnels. Impulsif, il écrit puis enregistre rapidement, mais reste un éternel insatisfait. Dès qu'il n'aime pas (souvent) il change tout et parfois même de studio. De là les variations audios inégales du disque. Faire des Enfants, co-écrite avec Yves Desrosiers, guitariste de la Sale Affaire, ne fait pas partie des morceaux qui souffrent de la qualité d'enregistrement, et est une excellente chanson d'ouverture. Composée vers 1993, Leloup pensait avoir des enfants avec sa blonde, mais sa tête n'est pas toujours cohérente.

La version demo de Edgar, hommage à Edgar Allen Poe, morceau aussi composé avec Yves Desrosiers, est celle qui a été retenue par l'excité Leloup.

Nick Cave est un artiste qui fait l'unanimité parmi les musiciens autour de Leloup. Sara est intense, décape et a un son de bruit industriel. Il ne la faisait pas souvent en spectacle. Au risque de briser sa voix. Nick Cave et ses mauvaises graines aimeraient surement.

La Chambre est l'une de mes préférées. Elle est toutefois enregistrée pauvrement. Comme dans une chambre, justement. Ce qui me semble légitime au fond. La chanson raconte, de plus, la pauvreté absolue que Leloup vivait dans son appartement miteux, sans argent. Au loin ce n'est pas la mer.

Bran Van 3000 fait une incursion dans le monde Leloup. James Di Salvo est au coeur Bran Van 3000 et a aidé Leloup, 5 ans avant à concocter un giga-hit. Ici, Jean et James rappent un brin.

La chanson qui suit est celle qui m'a happée tous les sens à la radio. Époque pré-shazam, j'avais dû attendre un bout de temps avant de savoir qui en était l'interprète. Selon moi, Leloup n'a jamais été meilleur, dans la ballade, que là-dessus. Gardant avec humour une erreur d'entrée de choriste sur la version finale.

Sang d'Encre, comme la pièce précédente, Leloup l'enregistre tout seul avec sa choriste Monika. Morceau que j'aime beaucoup.

Le Manoir à L'envers est jouée en spectacle plusieurs fois avant la sortie du disque (Faire des Enfants aussi) puisque je la connaissais déjà. Mais elle devient Le Castel Impossible sur l'album. J'aime les variations et arrangement en fin de chanson.

La chanson suivante a longtemps été ma préférée. Encore aujourd'hui je lui trouve toute les vertus. Le vidéo statique me l'a un peu assassinée. Ce morceaux funky est somptueusement écrit, joué et livré. En anglais, ce morceau aurait fait le tour du monde. Je me suis toujours demandé qui était cette fille moche et sans talents rencontrée à Macao qu'à chaque fois qu'elle aimait son amour se serrait devant elle comme un ulcère d'estomac qui lui tenaillait l'intérieur. L'intérieur. Jeune fille associée à la laideur. Ou celle pas trop belle qui chantait des ballades. Allez hop un peu de sincérité, le monde est toujours encore pas mal à pleurer. (remarquez la censure de "Allah" remplacé par "Zeda" dans le clip).

La chanson tître est enregistrée dans un jam de studio avec Yves Desrosiers. Leloup crie les accords en cours de jam, il a toujours largement encouragé sa gang à créer en leur criant en tout temps "Exprimez VOUS!".

Jean-François Lemieux collabore beaucoup sur l'album. Il est ici à la basse. Et l'influence grunge, lugubre, sombre est directement inspirée de la personnalité de Lemieux. Un vampire comme moi.

Fashion Victim est un morceau de Lemieux, justement, qu'il avait composé pour son band Les Gamins du Rythme, que Leloup lui emprunte, réarrange et sur lequel il ajoute des paroles en enregistrant dans la nuit. La qualité de l'enregistrement est inégale.

Pigeon est un morceau que Leloup aime beaucoup et qui le représente bien. Leloup fait la rencontre d'un musicien reggae, Patrice Moïse, se lie d'amitié avec, et dans la nuit, ils composent et enregistrent le morceau ensemble sur un 4 pistes. La qualité sonore est négligeable mais le reggae reste un intéressant soleil de nuit.

La dernière chanson pouvait être excellente. Co-écrite avec Christopher Anderson, leader de Blood of Zion, elle est aussi issue d'une rencontre festive qui se transforme en jam de nuit enregistré maladroitement. Vers la fin une mauvaise coupe reprend le jam, un peu comme Godard ferait une faisait une fausse coupe au montage.

Pour amateur de folk, de funk, de pop, de grunge, de reggae, de désordre organisé, de rebelle instable, de musique québécoise, de littérapop, d'artiste échevelé, froissé, froissant.

L'album a eu 20 ans, en octobre dernier.

*C'est la photo en question, je suis le sourire en chandail gris, automne 1996.

samedi 16 septembre 2017

Un omme Sans "h"

Dur lendemain de veille pour le Québec en entier hier matin, suivi de l'euphorie en fin d'après-midi.

J'ai pensé à eux toute la journée. J'ai rafraîchi la page d'infos de mon téléphone toutes les heures hier.
Eux c'est Louka, Hugo (pas de h) Fredette et Véronique Barbe.

Une alerte Amber non rapidement résolue est toujours extrêmement bouleversante. Le Québec entier, avant-hier soir, vers 17h35, était paralysé de toutes ses ondes pendant pas mal toute la soirée, en raison de cette alerte Amber concernant Hugo (pas de h) Fredette et son fils disparu, Louka. Jusqu'à hier matin, on a très peu fait de cas public de l'assassinat de la mère de Louka. Peut-être afin de protéger ses trois ados, nés d'une précédente union. Mais le nom que l'on devrait retenir est celui de Véronique Barbe.

Véronique Barbe, Véronique Barbe, Véronique Barbe, Véronique Barbe, c'est le nom qu'il faudra retenir de ce drame de St-Eustache. On a tous prié pour la sécurité de Louka, mais on ne peut plus rien pour Véronique.

Poignardée lâchement par un omme (sans h) en blackout.

Ce ne peut qu'être le blackout. Le blackout est un trouble dissociatif de l'identité. De l'ordre de la dépression et de l'immaturité mentale extrême. Qui voudrait tuer une femme comme Véronique Barbe? Se sauver avec l'enfant qu'ils avaient conçu ensemble, Hugo (pas de h) et elle? Véronique n'était pas qu'une mère. Elle était la mère de trois autres enfants, tous pré-ados ou très très ados. Leur monde est aujourd'hui dans le désordre émotif absolu. Véronique n'était pas que la mère de ses trois enfants d'une précédente union. elle était aussi mère de Louka, conçu avec Hugo (pas de h) il y a 6 ans. Elle était aussi la mère de plein de petits mousses puisqu'elle était propriétaire d"une garderie. Ces femmes sont mères de substitution tous les jours.

Qui voudrait tuer une femme pleine d'amour à donner comme ça?

Hugo, (pas de h) semblerait. En blackout.

Hugo (pas de h) a été arrêté en Ontario, hier, au terme d'une poursuite sur la route 41 autour de Griffiths. Grâce au formidable travail des policiers de l'OPP, il faut le souligner. Louka, 6 ans, est en sécurité. Mais marqué à jamais. Comment sa vie se présente à maintenant? Papa sera en dedans et assurément une présence malsaine pour le restant de ses jours. Maman n'est tout simplement plus. Faudra encadrer l'assuré traumatisme. Que lui a dit papa des dernières heures?

Hugo (pas de h) est un hypersensible. Il pleure pour tout. Les larmes aux yeux lui viennent extrêmement facilement. Quand on lui parle d'enfants, il devient aussitôt bouleversé. Disait des proches qui avaient collaboré avec lui sur le documentaire Novembre 1984, documentaire dont Hugo (pas de h) était aussi producteur. D'ailleurs il était fort dérangeant de constater qu'il avait été producteur de documentaires sur les disparitions et assassinats brutaux de femmes et d'enfants. Il avait tant travaillé autour des recherches sur la disparition de Cédrika Provecncher qu'il était devenu un ami de la famille. Y allait-il chercher une quelconque inspiration? Ça laissait craindre le pire. Il avait déjà commis l'irréparable sur Véronique Barbe.

Hugo (pas de h) et Véronique avaient aussi participé à une web série dont j'avais suivi au moins deux épisodes, ironiquement appelée "les meilleures couples du Québec". De plus, Hugo (pas de h) s,est enfui avec Louca dans un camion lettré au nom d'une compagnie...d'extermination.
 L'Ironie avec un grand I pour un omme sans h.

Bien des coeurs resteront encore brisés autour de Louka. Inconsolables. Le sien sera très certainement alourdi avec le temps et pourrait fendre lui aussi.

Tant que la tête ne tombe pas dans le blackout.

Durs moments depuis jeudi soir au Québec.

Durs moments à anticiper pour les proches de Véronique Barbe, encore longtemps. Dure vie pour Louka, qui ne demandait rien à personne. Sinon le droit aux mêmes chances que tout le monde.

Une nouvelle victime a aussi peut-être été faite. Un cas de "mauvais endroit au mauvais moment".

Au moment d'écrire ceci, on recherche Yvon Lacasse, 71 ans, propriétaire de la voiture dans laquelle ont été retrouvé Louka et son assassin de père. Il était complice? otage? il est la dernière victime de Hugo (pas de h)?

Véronique Barbe n'aurait jamais dû croiser le route de Hugo (pas de h).

Une chose est certaine, Hugo (pas de h) était un omme sans h.
Et faudra l'oublier longtemps, lui. Louka le premier.

Véronique ne méritait pas cette fin de vie. Sois, là-haut, leur satellite endormi.